Les Démocrates, un parti neuf dans un costume ancien


Dans le paysage politique béninois, Les Démocrates se présentent comme la principale force d’opposition. Jeune formation née dans un contexte de reconfiguration du champ politique national, elle incarne aux yeux de nombreux citoyens l’espoir d’une alternance démocratique.


Mais derrière cette posture prometteuse se cache une contradiction fondamentale : le parti repose largement sur la figure d’un ancien chef d’État, Boni Yayi, dont le passé hante autant qu’il structure son avenir.


Un socle historique, un levier d’influence



On ne peut nier l’impact politique de Boni Yayi. Deux fois élu président de la République, figure connue du grand public, porté par une forte assise populaire dans le Nord du pays, il incarne une part significative de l’histoire démocratique du Bénin.


Son retour en politique en tant que président du parti Les Démocrates a apporté à cette jeune formation visibilité, légitimité et poids électoral.


Pour un parti encore jeune, sans parcours institutionnel propre, la stature de Yayi constitue un capital politique considérable. Il attire les projecteurs, polarise les débats et confère au parti une densité symbolique que peu d’opposants actuels peuvent revendiquer.



Un héritage devenu un poids


Ce capital, toutefois, se transforme progressivement en fardeau.


Le récent débat entre Wilfried Houngbédji, porte-parole du gouvernement, et Maître Agbodjo, conseiller juridique des LD, en a fourni une illustration éclatante.

Plutôt que de démonter les propositions du parti, la stratégie de la mouvance a consisté à ramener l’opposition à la figure de son chef : à son passé, à son bilan.


Et le piège fonctionne. Car à force de défendre, sans nuance ni distance, les années Boni Yayi, Les Démocrates se retrouvent dans une posture de justification permanente.

Comme s’ils avaient été eux-mêmes aux affaires — alors qu’en réalité, ils n’ont jamais gouverné.


Ils sont sans antécédents, sans passif institutionnel, sans responsabilité directe dans la gestion de l’État.

Et cela devrait être leur force.


Mais en épousant intégralement l’héritage de Boni Yayi, ils s’approprient des erreurs qu’ils auraient pu — voire dû — dénoncer. Ils renoncent à leur virginité politique au nom d’une fidélité qui les affaiblit.



Les vrais acteurs du passé ont changé de camp


Autre paradoxe : les principaux collaborateurs de Boni Yayi pendant ses deux mandats, ceux qui ont exercé de réelles responsabilités sont aujourd’hui dans la mouvance présidentielle.

Ministres, hauts fonctionnaires, stratèges politiques : beaucoup se sont repositionnés, souvent dans le silence, parfois avec opportunisme.


Pendant ce temps, Boni Yayi reste seul à incarner les responsabilités du passé, à cristalliser les critiques, à servir de bouc émissaire politique.

Et Les Démocrates, en s’identifiant à lui sans recul stratégique, assument un bilan que ceux qui l’ont co-construit ont préféré abandonner.



Une opposition fondée sur l’émotion


Ce que cela révèle en creux, c’est la nature actuelle du projet LD.

Au lieu d’un récit de transformation, d’une vision claire pour l’avenir, le parti semble se construire sur un rejet collectif du pouvoir en place. Une opposition émotionnelle, structurée davantage autour d’un réflexe que d’un projet.


“Aide-moi à détester” : telle est, implicitement, la formule qui semble fédérer les énergies.


Mais une opposition ne peut se construire durablement sur l’émotion seule.

Elle a besoin de cohérence idéologique, de figures nouvelles, d’un récit assumé et de repères clairs.


Or, le flou entretenu autour du rôle exact de Boni Yayi empêche cette clarté.

Il devient le symbole d’un passé encore trop pesant pour permettre l’émergence d’un avenir politique différent.



Conclusion : le socle… ou le plafond ?


Boni Yayi est incontestablement le ciment du parti Les Démocrates.

Mais il en est peut-être aussi le plafond.


Tant que le parti n’opérera pas une clarification politique sur son rapport à l’ancien régime, sur la place réelle de son président, sur sa propre ligne de rupture , il demeurera dans cette zone grise, où l’ambition de renouvellement se heurte au poids du passé.


La politique béninoise a besoin d’une opposition crédible, solide et structurée.

Mais une telle opposition ne peut émerger qu’à une seule condition :


avoir le courage de se définir par soi-même,

et non par la loyauté à un héritage non interrogé.

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